Géopolitique de l’Australie, voilà l’offre de la semaine sur FNAC.
Histoire L’Australie est une terre de paradoxes : gigantisme géographique et faiblesse démographique, superpuissance du Pacifique sud et nain géopolitique aux yeux du reste du monde.D’abord objet colonial original, cette nation est née d’une négation des droits fonciers aborigènes, puis a été destinée à recevoir des bagnards en provenance du Royaume-Uni. Mais le pays est parvenu à devenir une terre de prospérité, une démocratie libérale muant de manière radicale depuis quelques décennies, d’une société anglo-saxonne verrouillée à un multiculturalisme militant, mais toujours fragilisé par les doutes de la nation.L’Australie s’interroge aujourd’hui sur son identité, sur fond de respect des droits fonciers, d’accueil des réfugiés, de guerre contre le terrorisme et des garanties d’un État de Droit. Le terrible attentat de Bali. en 2002, a projeté la nation australe au coeur des grands enjeux internationaux et des questionnements sur les menaces contemporaines. Canberra cherche une voie médiane entre le protecteur américain qui l’a entraîné dans la guerre en Irak et une nécessaire prise en compte des spécificités du Sud-Est asiatique, voisinage immédiat et espace d’instabilité. Au niveau international, l’Australie réussira-t-elle à exorciser ses peurs en s’intégrant complètement dans un espace asiatique qui représente son avenir, sans abandonner l’anglosphère et surtout en préservant un mythe national fort : celui du citoyen international exemplaire ?Fabrice Argounès est doctorant en relations internationales à l’Institut d’études politiques de Bordeaux et enseignant en histoire et science politique à l’université Paris XIII – Nord. Ses recherches portent sur le Pacifique sud et les organisations internationales.Extrait du livre :Une distance tyrannique mais identitaireL’Australie est en effet coupée du vieux continent par l’énorme masse asiatique, mais aussi de l’Amérique, par le plus grand océan, le Pacifique, et de’ l’Afrique, par l’océan Indien. Ses voisins les plus proches sont des pays d’Asie du Sud-Est, comme l’Indonésie, la Malaisie ou le Timor oriental, caractérisés par une certaine instabilité politique, ou des pays insulaires océaniens, comme la Papouasie Nouvelle-Guinée, les Samoa ou les Salomon. Seule la Nouvelle-Zélande voisine répond peu ou prou au miroir australien.L’Australie se perçoit comme une nation en marge des grands ensembles mondiaux et cherche à combattre, depuis sa création, une situation géographique marquée par son isolement par rapport au modèle dominant. Elle s’est construite dans la distance vis-à-vis de l’Angleterre, puis des États-Unis, et apparaît encore aujourd’hui à la périphérie d’une Asie pourtant voisine. Cette distance géographique tend à s’étendre au domaine culturel. Toutefois cette sensation d’un éloignement important, quasiment tyrannique, est absente de la culture aborigène et correspond totalement au phénomène colonial anglo-saxon. Selon la genèse du temps du rêve (voir p. 43), les premiers Australiens sont «nés au commencement», depuis l’origine des temps, et il n’existe pas de mythes comparables à ceux des Maoris de Nouvelle-Zélande sur un quelconque voyage originel. L’idée de cheminement en direction du continent est ignorée, et renforcée par le nom donné aux indigènes par les Européens : Aborigènes (depuis l’origine). Sans être une règle, la notion d’isolement est récurrente pour exprimer la coupure de l’Australie des autres continents. Contrairement à l’Amérique précolombienne, considérée comme vierge de tout échange avec le vieux monde au cours de notre ère -, l’Australie semble avoir eu des contacts réguliers avec le reste de l’humanité. Entre l’Australie du Nord et la Nouvelle-Guinée, les relations commerciales ont été quasi permanentes, et le Nord du pays a été visité par les marins indonésiens. Les distances étant réduites entre l’archipel et le continent, certains produits australiens exportés vers l’Asie étaient disponibles jusqu’en Chine. La terre d’Arnhem, au nord, fut un des lieux de récolte du trépang (ou concombre de mer), commercialisé par les habitants de Macassar, et des échanges annuels sont attestés du début du XVIIe siècle jusqu’en 1906».
Fabrice ArgounesAsie Pacifique Histoire Actualité
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